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Depuis plusieurs semaines, je scrute une photo du début du XXè siècle pour laquelle je voudrais découvrir le contexte jusque dans un article du #RDVAncestral! Bien des personnes me sont inconnues. D'autres sont reconnaissables grâce à d'autres photos de mon album où ces personnes sont un peu plus âgées. Mission impossible? Et quelle est donc cette occasion qu'on a décidé d'immortaliser?
 
CC-BY-SA-3.0
By No machine-readable author provided.
Janeznovak assumed (based on copyright claims)
 
 
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Un groupe de personnes endimanchées posent sur une photo de mon album de famille. Au centre devant, ma grand-mère à l'entrée de l'adolescence, entourée d'oncles et de cousines.
J'ai beau y reconnaître quelques personnes, mes questions ne trouvent pas de réponses en ce qui concerne le contexte et les autres figures qui paraissent sur cette scène. Ce tableau de famille m'obsède, mes hypothèses s'entrechoquent avec les quelques réponses à peu près assurées et d'autres si souvent remises en questions. Mon regard se lasse au va et vient, à scruter le moindre indice. Je ferme les paupières et la photo s'incruste dans ma mémoire.
C'est à ce moment que je plonge dans ce passé, dans ce lieu de mes ancêtres plus de cent-quinze ans en arrière, à ce moment précis où le photographe compose la scène. Il me demande de préparer l'appareil; je suis donc devenue apprentie photographe dans ce monde passé. J'essaie de me remémorer l'usage de cet appareil qui n'est plus dans nos usages familiers aujourd'hui !
 
 
Abritée de la lumière ambiante sous un voile noir, je compose l'image sur le verre dépoli. Le photographe donne ses consignes pour créer une scène équilibrée. Certains grimpés sur des chaises ne peuvent guère se déplacer, d'autres se cachent derrière de plus grand qu'eux ou bien est-ce un choix délibéré de leur part, ce qui m'étonne à cette époque où la photographie est nouvelle pour eux et n'a pas la même portée que de nos jours. Un homme que je crois reconnaître perché sur un muret de l'église de Sévérac semble tenir quelque chose dans sa main. Peut-être, comme plusieurs autres ici qui tiennent un petit bouquet de fleurs dans la main droite, ma grand-mère, ses cousines, le jeune garçon devant, la vieille femme grimpée sur une chaise et l'homme derrière elle.
Tandis que j'effectue manuellement les différents réglages du cadrage, le photographe vient vérifier mon travail. Je trouve la scène assez originale car on n'a pas l'habitude en cette période de disposer les personnes ainsi; en général, les groupes sont alignés sur la photo. Cela rendra la photo plus vivante contrairement à celle du mariage de mes grands-parents sept années plus tard. On demande aux sujets de ne surtout pas bouger, car la technique réclame une longue pose, ce que leur demande, à ce moment, mon maître photographe. Là on sent l'attitude expressive des gens qui, sans varier excessivement, sont pour beaucoup d'entre eux tout à fait différentes; il y a des personnes concentrées, d'autre un regard artificiel et composé; d'autres encore une sourire aux lèvres comme la cousine de ma grand-mère en belle robe blanche au col serré, au plastron travaillé et aux manches bouffantes. Elle, par contre, semble triste, même si son expression se fige celle-ci me paraît familière.
- Pourquoi cette tristesse, grand-mère? Et pourquoi cette robe noire de crêpe, plissée sur un ample jupon plus clair, au col brodé tandis que la plupart de tes cousines ont une robe de fête?
- Est-ce le deuil récent que tu as connu il y a deux environ? Ton air triste est-il le signe que ton papa décédé si jeune, te manque? D'ailleurs, je n'aperçois pas ta maman parmi tous ces gens! Pourquoi?
 
Le temps d'exécuter les actions nécessaires à la prise de vue, personne ne doit broncher avant le signal du photographe. François David, l'homme garde son air malicieux et ses filles un sourire discret mais traduisant bien le bonheur de cette famille. Les femmes en coiffe du pays avec leurs ailerons retombants encadrant leur visage montre bien leur appartenance au village de Sévérac tandis que les autres portent la coiffe discrète enserrant leurs cheveux lissés et partagés par une raie au milieu, sauf Berthe David qui révèle son beau visage et ses cheveux épais peignés en arrière à la différence de ses sœurs installées toutes autour de leur père. Une femme au-dessus semble un peu plus âgée qu'elles? Pourrait-elle être leur mère âgée d'une quarantaine d'années à ce moment? Comme on pourra le voir sur la photo de mariage de Berthe environ treize années plus tard, je lui trouve un même visage serein mais, évidemment, elle aurait bien vieilli depuis ce tout début de siècle et il m'est difficile de l'affirmer!
 
Mon maître photographe me relaie pour finaliser la photographie de cette scène très émouvante où se retrouve la famille maternelle de Mathilde, ma chère grand-mère. La lumière de ce jour de printemps est magnifique.
Il a refermé l'obturateur et en arme le ressort puis insère le châssis porte-films dans le dos du corps arrière. Il dispose le plan-film à l'emplacement exact occupé précédemment par le dépoli, assurant ainsi l'exactitude de la mise au point.1
Je fais signe à tous de ne pas bouger, la main levée jusqu'à ce que le travail soit terminé.
Le photographe retire alors le volet protecteur du châssis et déclenche la prise de vue en maintenant la pression pour une pose prolongée. Quand il soulève le voile noir, la troupe peut se détendre et se remettre à bavarder.
 
L'homme qui était perché tout en haut sur le muret de l'église vient de descendre alertement de son monticule dans l'angle du mur, s'approche de moi et je reconnais la silhouette élancée et la moustache dessinée en angle vers la bouche. On le verra aussi sur la photo du mariage de ma grand-mère en 1909 encore une fois, perché en haut des estrades! Il ressemble tellement à Jean-Pierre Guillard, âgé d'un peu plus de 30 ans cette année-là, l'oncle paternel de Mathilde, celui dont j'ai entendu si souvent parlé dans mon enfance, mais je n'en suis pas sûre du tout!
J'observe maintenant la femme plus âgée qui descend de la chaise avec l'aide des hommes les plus proches. Comme elle ressemble à mon arrière grand-mère mais visiblement elle est plus vieille qu'elle! La même moue, la même impassibilité, plus ronde toutefois. Serait-ce une de ses sœurs? Assurément, ce n'est pas Marie Joséphine qui de toutes façons est bien plus jeune de quatre ans; ce serait alors sa sœur aînée Jeanne Marie? Rien de certain. L'homme aux cheveux et la moustache grise derrière elle serait-il son époux ou celui de la femme qui se cachait derrière lui tout à l'heure? Philippe Roux, son mari, est en fait un peu plus jeune qu'elle selon les actes que j'ai trouvés.
Ce pourrait, plus probablement, être une tante de Marie-Louise et ses frères et sœurs, puisque les autres personnes les plus âgées ont disparu? Serait-ce Jeanne Marie Oyallon qui serait âgée alors 64 ans, ou Marie Oyallon qui aurait là 77 ans? Ce serait très intéressant de le savoir!
Pour l'instant, ma curiosité est très déçue car j'aimerais pouvoir aller jusqu'au bout dans mon enquête photographique.
Les quatre cousines David ont rejoint Mathilde et les autres jeunes filles. Elles ont l'habitude de se rencontrer puisqu'elles demeurent non loin de chez elle. Joséphine 18 ans, Marie Josèphe 15 ans et Berthe 13 ans bavardent avec leurs cousines Mathilde Guillard, Marie Haspot 15 ans et sa sœur Sidonie 9 ans, arrivent ensuite Marie Thérèse Roux 12 ans puis ses soeurs Jeanne Marie 13 ans et Marie Joséphine 18 ans, tandis que les adultes rejoignent la rue principale de l'autre côté de l'église.
 
Pour moi, c'est le moment de ranger le matériel que mon maître d'apprentissage charge dans sa voiture à cheval car il s'apprête à repartir.
J'aperçois alors l'homme le plus âgé, portant un nœud papillon et son chapeau noir à la main! Pourrait-il être Antoine, 54 ans, l'aîné des oncles de Mathilde? Rien de sûr!
Et l'homme en pantalon rayé et chapeau à la main qui lui tenait le bras pour la photo?
En fait, seuls deux hommes liés directement à la famille Haspot sont décédés à ce jour:
- d'abord,  Joseph Haspot disparu en 1895, l'époux de Jeanne David sœur de François, l'homme à l'air malicieux. J'aime beaucoup ce dernier qu'on retrouve sur plusieurs photos de mon album, celui qui est devenu la référence de la famille après le décès du père de Mathilde. Il le remplacera à l'occasion de son mariage sept ans plus tard et sur la photo prise à cette occasion; en 1909, ses cheveux ont blanchi mais lui donne un air très doux malgré son front dégarni.
- puis en 1900, Jean Marie Guillard mon aagp, l'époux de Marie-Louise et père de Mathilde, qui  a succombé à une maladie très contagieuse.
A ce moment, je conclue de mon observation qu'un seul homme resterait à identifier : Jean-Louis, le cadet d'Antoine, âgé de 51 ans à ce jour, est parti loin du village après son mariage en 1887; serait-il revenu à l'occasion de cette fête et sa femme pourrait-elle être une de celles qui se cachaient pendant la prise de la photo?
Alors pourrait-il être l'homme au pantalon rayé? J'ai beaucoup de doutes à ce sujet à cause de son absence du pays.2
Finalement, il reste trois hommes présents aujourd'hui, dont on ne sait pas du tout qui ils sont!
J'ai d'abord pensé que l'homme qui était placé juste derrière ma grand-mère sur la scène de la photo était le frère de François David; la jeune fille posant sa main sur son épaule aurait alors été sa nièce, mais je lui trouve un air de ressemblance avec l'homme au pantalon rayé : même forme de visage, même nez rectiligne, peu de cheveux et une moustache.
Et pour les deux jeunes garçons, on pourrait supposer que l'un des deux serait Henri Haspot le cousin préféré de la famille de ma grand-mère, car je ne trouve aucun autre garçon dans la famille de cet âge, né entre 1889 et 1892. Mais qui donc est l'autre?
 
Bref comme je ne peux pas trouver plus de réponses, je décide de profiter des derniers instants de mon passage ici, pour redécouvrir les chemins fréquentés par ma famille. Je marche, suivant de loin le groupe qui se disperse; j'entends le bavardage des jeunes garçons et filles mais Mathilde se contente de les écouter toujours aussi grave!

Je me dirige, alors, vers le chemin qui mène jusqu'au château, passant devant le joli calvaire de granit et poursuivant jusqu'à l'étang aux grenouilles dont parlait si souvent ma mère, à partir duquel on aperçoit les dépendances du château de la Cour où tant de mes ancêtres et leurs familles ont travaillé.

C'est à ce moment que je me retrouve seule dans ces lieux … découvrant alors que je suis revenue dans le temps présent sans même m'en apercevoir ... et finalement, sans avoir résolu la question de savoir quelle était cette fête où chacun tenait un bouquet de fleurs dans la main.3

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Cet article fait suite à mon article de mai du #généathème qui m'a amené à décrypter encore de plus près cette photo.
 
 
2 Finalement, je vais poursuivre mes recherches car les hommes de grande taillle pourraient être des cousins de mon AAGM comme je l'ai montré dans mon article du jour 16 de #genealogie30.
 
3 Je ne sais ce que signifie ces bouquets; cela ne me semble pas le retour d'une promenade, sinon pourquoi une photo, notamment à cette époque! Il fallait un événement majeur pour qu'une photo soit réalisé. Est-ce une coutume spécifique à la Basse Bretagne (Sévérac est situé au nord de Nantes)? Peut-être un jour de confirmation le jour de la Pentecôte comme m'inspire une coutume ressemblante en Alsace où le jour de la Pentecôte, les filles parcouraient le village, deux par deux, portant un panier pour recevoir des dons de nourriture. En tête du cortège féminin, une jeune en tenue entièrement blanche, et recouverte d'un long voile blanc tenait dans sa sa main droite tenait un bouquet de fleurs.

 

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Tag(s) : #RDVAncestral, #Généalogie maternelle
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