Je parlerai aujourd'hui de notre quartier qui n'est qu'un morceau du quartier « bourg » (cf article B) les familles qui y habitaient et les relations qu'elles tissaient.
Quand nous étions petits, notre quartier se limitait à notre rue qui rejoignait le parc du château et celle qui reliait l'ancien bourg au nouveau. Notre rue était bordée de maisons bien différentes. Une au bout très basse et pas bien spacieuse bordée d'un long jardin descendant à l'arrière accueillait une famille d'ardoisiers de 6 personnes; une plus haute qui lui était contiguë et abritait un couple de fermiers âgés, dotée aussi d'un jardin s'étendant vers le sud. Au bout de la rue vers l'Est, la maison bourgeoise, héritage de la grande famille d'un négociant, dont la fille qui l'habite a épousé en secondes noces un ardoisier et y vit à cette époque de notre enfance avec leurs deux enfants. De l'autre côté de la rue leur faisant face, notre maison comprenant deux petites chambres, une plus grande et une pièce commune servant à la fois de cuisine et séjour nous abritaient mes parents, moi et mes quatre frères et sœur, puis quelques petites années plus tard mes deux grands-parents maternels. Cette ancienne mairie pourvue de petites dépendances jouxtait l'école maternelle (dont j'ai déjà parlé). Au delà des prés et un dépotoir. Derrière notre maison, une bicoque qui servait autrefois de logement pour des employés du château, était très petite et a servi ensuite d’habitation pour un couple ou une personne célibataire. Je me souviens d'un poulailler attenant à ce bâtiment dans les années cinquante qui a disparu depuis; nous devions rejoindre notre jardin au nord par une petite allée longeant cette maison à l'Est ou pour aller au puits situé à l'arrière tout contre un mur de l'école voisine.
Nous n’étions pas nombreux dans ce quartier mais nos parents y recevaient souvent des amis ardoisiers demeurant dans la cité à l'Est de la commune. J'y avais beaucoup de camarades de ma classe avec lesquelles, plus tard en grandissant, j'avais le droit d'aller jouer.
A l'arrivée de l'hiver, après la récolte des pommes entassées sur de grandes toiles dans la cour à l'arrière de la maison, la cidreuse1 passait de maison en maison et les amis ardoisiers se réunissaient pour participer à ce grand moment. J'aimais ces ambiances de la fin d'automne où la cidreuse passait de maison en maison dans le quartier avec tous les soirs ce même cérémonial. Il fallait allumer des lampes au bout des baladeuses puisqu'il faisait déjà nuit alors que le travail était à peine fini. Toutes les familles des ardoisiers du quartier ou de la cité se réunissaient et chacun mettait la main à la pâte, qui pour apporter une pelletée de pommes dans les paniers de la cidreuse remontant vers le pressoir situé au centre de la machine, qui pour enlever les résidus de pommes écrasées et les évacuer, qui pour remplir les fûts. J'aimais cette odeur de pommes pressées, cet atmosphère où, exceptionnellement dans ces soirées-là les heures s'égrenaient sans qu'on oblige les enfants à aller dormir : on avait le droit de regarder les presses qui en écrasant les pommes faisaient couler le jus; on entendait les rires et les verres remplis du cidre bouché des années précédentes qui s'entrechoquaient, on avait même le droit de boire quelques gouttes du premier jus de pommes soutiré!
Je me souviens de nos jeux dans la rue ou dans la cour derrière notre maison quand nos camarades nous rejoignaient, des jeux simples comme la balançoire fait d'une planche chevauchant un chevalet de bois que notre père utilisait d'ordinaire pour scier son bois de chauffage. Nos élans sur cette balançoire nous faisaient imaginer des voyages que la géographie nous avait fait découvrir tel notre petit frère s'imaginant découvrir «la mairie» comme Christophe Colomb!
Les copains nous rejoignaient même sur la cour de l'école qui était encore accessible en ce temps-là et ses escaliers qui étaient notre refuge. Un jour, l'un des cousins, photographe amateur, qui nous rendaient fréquemment visite, avait laissé son appareil photo dans l'une des sacoches de sa mobylette. Mon frère et moi, âgés d'environ 7 et 8 ans, en petits curieux que nous étions, n'avions pas hésiter à sortir l'appareil de la sacoche de sa mobylette, avec l'intention, naturellement, de le remettre en place et de nous réfugier sur les marches de l'école. J'imagine ce que tous pensent ce que nous avons fait? Eh bien non, non, nous n'avons pris aucune photo. Simplement, nous avons étudié avec curiosité chaque face de l'appareil, l'objectif, le déclencheur, sans bien savoir à quoi cela servait car notre expérience de la photographie n'était que celle des sujets de la photo ... mais cet instant de découverte magique, en toute innocence, fut interrompue par les cris de notre mère qui nous réprimandait sévèrement, en illustrant ses propos d'un proverbe (elle en était friande) qui nous impressionna si fort que nous étions certains d'être de mauvais garnements et que nous resterions mauvais puisque comme le dit le proverbe : "Qui vole un oeuf, vole un boeuf" . Vraiment, allions-nous devenir d'affreux voleurs?
Le quartier resta longtemps le domaine de nos jeux surtout pour mes frères et sœur, quant à moi, j'élargis alors l'étendue géographique de mes loisirs puisque les amies de mon âge habitaient le vieux bourg ou les cités. Et bientôt, tous se rejoignirent, élargissant ainsi notre horizon2.
1 https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pressoir_%C3%A0_pommes_Tanvez.jpg
2 comme je l'ai montré dans l'article "M comme Mai 68".
Publicité
/image%2F1572581%2F20160513%2Fob_76feb7_cheminer-2.jpg)