Pour le J du #ChallengeAZ, encore une fois, je m'intéresse aux courriers envoyés par Joseph : deux cartes où il parle de la promotion militaire de deux amis et espère la sienne.
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Ce mois de mars 1916, le 411ème RI se trouve en Champagne à l'Est de Reims, un front long de 25 kms qui s'étire d'Auberive (au nord de Mourmelon) jusqu'à Ville-sur-Tourbe, une zone qui a connu, au deuxième semestre de 1915, de très durs combats dans des conditions climatiques très difficiles et subissant de très nombreuses pertes. En septembre 1915, ils avaient contribué à repousser le Front de quelques kilomètres mais de nombreux villages avaient été effacés de la carte. J'aurai l'occasion d'en reparler à la lettre V.
Le régiment de Joseph était arrivé là en Janvier 1916 pour relayer les troupes qui avaient livré ces difficiles batailles.
Là, les soldats découvrent alors un paysage «dénudé et aride» s'étendant «à perte de vue, couvert de trous d'obus». Pour se protéger du feu des combats, les belligérants ont du s'enterrer dans «d'interminables boyaux creusés dans la craie blanche, remplis d'eau et d'une boue gluante».
Depuis janvier, leur tâche a été de repousser les attaques incessantes des allemands dans des tranchées encore une fois remplies de boues.
De temps en temps, quelques moments de répit accordés à l'arrière du front apportent un peu de repos et laissent à Joseph le temps de donner quelques nouvelles à son épouse.
C'est sur une carte écrite le 22 mars qu'il annonce que son ami Gilbert a été nommé sergent major à la place de Kerbrat qui lui est devenu sous-lieutenant. Il espère à son tour avoir une promotion sans tarder.
Les derniers jours de mars se passent à proximité des lignes, occupés à des travaux de réparation.

Ce n'est que le 15 avril que le régiment se retire enfin de ce front et se dirige vers Hans à quelques kilomètres de là, lieu de repos déjà fréquenté par ce régiment, qu'ils quitteront dans les premiers jours de mai.
Le 3 mai, peu avant ce départ, Joseph annonce à sa femme qu'il a enfin obtenu ce qu'il espérait, le grade d'adjudant chef :
«C'est fait, je suis fixé au 2è bataillon comme adjudant chef ... Je serai à la volonté du Ct Busson mais enfin il y aura moins de risques je crois. Il y en a beaucoup qui sont ennuyés de mon départ de la Cie mais enfin ... Gilbert et Kerbrat son heureux pour moi. Ils m'appellent embusqué du front mais c'est pour rire et puis j'ai fait mon devoir.»
J'ai toujours connu Joseph comme quelqu'un de discipliné, rigoureux, qui avait le sens du devoir, ce qui certainement lui avait été inculqué pendant ses études chez les frères de Ploërmel. Et de même, il l'exigeait de son entourage; je me souviens d'une conversation qu'il avait eu avec moi au début des années 70, conversation cependant pleine de bienveillance.
Au début de son courrier, il rassure son épouse pour dissiper son inquiétude (sans doute exprimée au moment de la permission récente). Il ajoute :
«On peut se demander vers quel point nous serons dirigés par la suite mais en tous les cas en ce moment nous sommes au repos, profitons-en»
L'ignorait-il vraiment? Je pense plutôt qu'il ne voulait pas alarmer Mathilde.
Le repos durera encore une douzaine de jours puis, les soldats du 411è RI furent conduits à l'Ouest de Verdun n'imaginant sans doute pas l'enfer des combats qui les attendaient.
Sources :
1 Historique du 411è régiment
2 Cartes envoyés du Front
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