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Pour ce #RDVAncestral d'avril, j'ai choisi de retourner en Bretagne à la rencontre de mon sosa 96 au jour du baptême de son cinquième enfant.

par Olivier Perrin (dans Galerie bretonne ou vie des bretons de l'Armorique 1835)

par Olivier Perrin (dans Galerie bretonne ou vie des bretons de l'Armorique 1835)

Ce matin du 22 mai 1753, dans un petit coin de Bretagne, à Bohal, plus exactement au village de Trébiguet, Marie Gicquel vient de mettre au monde son cinquième enfant. Son époux, Julien Hangouët, peu expansif, n'a manifesté aucun sentiment, et il a vite chassé l'expression de son soulagement en constatant la bonne santé de son enfant et celle de sa femme. Comme à chacune des naissances auparavant, il s'est préparé rapidement pour prendre le chemin du village en vue d'organiser les suites de la journée qui se révélera bien remplie. Julien , tailleur d'habits bien connu de la petite bourgade et de ses environs, ne pouvait pas manquer, encore une fois, d'inviter ses amis à fêter cette naissance. Aussi, sa première visite fut pour Pierre Masson et sa femme Marie Breton, voisins proches demeurant au Portal, pour leur annoncer la naissance de son fils Pierre et les avertir que le baptême aurait lieu à la fin de l'après-midi.
On aperçoit le village du Portal au nord du bourg. Bizarrement Trebiguet tout proche n'apparait pas. Pourtant, ce village existe encore aujourd'hui.

On aperçoit le village du Portal au nord du bourg. Bizarrement Trebiguet tout proche n'apparait pas. Pourtant, ce village existe encore aujourd'hui.

Ensuite, il lui a fallu se rendre au bourg, prendre le chemin qui mène à la rivière qu'on traverse à gué si facilement en cette année plutôt sèche, puis pénétrer dans le bois et le franchir d'un bon pas. Même si, cette fois encore, Julien prenait cette mission avec sérénité, il ne fallait pas perdre de temps. Les quelques kilomètres qui le séparaient encore du bourg se franchissaient rapidement avec l'habitude; il y passait si souvent. Une fois parvenu au bourg, il alla enfin demander au recteur de préparer la célébration religieuse pour l'après-midi. Il fallait aussi prévoir la préparation du repas qui aurait lieu au cabaret après la cérémonie. Il en confia la charge au cabaretier qui s'y était déjà préparé. Enfin, ne pas oublier une des missions les plus importantes de la journée: rencontrer le parrain et la marraine; en effet, même si l'arrivée du nouveau-né était attendue, des croyances superstitieuses empêchaient de les désigner à l'avance! Cette fois, ce seront Mathurin Chevrier et Perrine Niel et il devait les prévenir d'urgence, leur annoncer le rendez-vous à l'église et choisir le prénom donné à leur filleul : on lui donnera le prénom de «Pierre», en l'honneur de sa marraine.
Sur la route du retour, il fallait penser à s'arrêter chez Pierre Bellay, son ami de longue date, qui fut, il y a 13 ans déjà, témoin de son mariage, pour l'inviter, lui et son beau-frère Pierre Bahon, au baptême de son fils et lui demander d'informer les autres amis, les Dubois, les Bonnet et le reste de la famille Bellay, pour qu'ils se rendent au cabaret après la cérémonie du baptême.
 
En ce mois de mai 1753, le soleil brille et commence à chauffer. Assise à l'ombre des arbres près de l'église, je regarde Julien s'approcher de la maison de son ami. Midi sonne au clocher de l'église. Sur le pas de la porte, Pierre et Louise l'invitent à la prière de l'angélus puis à partager ensuite un repas rapide, car le temps passe vite et il faut se préparer à la célébration.
Un peu plus tard, en ce début d'après-midi, je remarque Julien qui reprend le chemin du bois vers Trébiguet où il va retrouver ses enfants pour lesquels des voisines auront préparé le repas, tandis que la sage-femme se sera occupée du nouveau-né. Comme les autres fois, Julien enfilera son habit de fête cousu et brodé de ses mains, et qu'il revêt à chaque grande occasion : chemise bouffante et veste attachée de boutons dorés sur des bragues foncées, recouvertes de guêtres. Pendant ce temps, Julienne âgé de neuf ans s'occupera de son plus jeune frère, Yves, pendant que les femmes du voisinage aideront les cadets, Guillaume et Mathurin, à revêtir leur costume de fête, probablement cousu des mains de leur père. Quant à Marie, elle donnera la tétée à l'enfant juste avant son départ pour l'église, sans doute peinée de ne pas assister au baptême de son fils. Aussitôt, plusieurs charrettes se mettront en route avec Pierre Masson et sa femme Marie Breton, accompagnés de la ribambelle d'enfants, tandis que Julien conduira la sage-femme qui portera le futur baptisé jusqu'à l'église.
De mon côté, pendant ce temps, j'entreprends une promenade autour de l'église dont une partie date du XVème siècle, et dont l'ensemble constitué de granit et de pierre taillée fut reconstruit au début de ce siècle; j'admirai aussi la Croix de l'enclos plus ancienne encore. Pour pouvoir assister au baptême incognito, j'avais choisi de me présenter comme une mendiante, puisque des pauvres gens étaient volontiers accueillis à l'occasion du baptême d'un nouveau-né.

 

By Pymouss (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Église Saint Gildas de Bohal

By Pymouss - Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27064745

La Croix de Saint Gildas à Bohal

Enfin, je vois arriver dans le bourg la famille de Julien et les voisins, au moment où les cloches sonnent à toute volée et déjà Pierre Bellay, Pierre Bahon ainsi que les parrain et marraine attendent à la porte de l'église. Le curé, revêtu du surplis et l'étole passée autour du cou, les attend sous le porche de l'église. Julien, le père enlève, au moment d'y entrer, son chapeau à larges bords, décorés «de doubles et triples cordonnets de chenille enrichis d'ornements argentés». Suit la sage-femme, portant dans les bras le bébé vêtu de la traditionnelle robe blanche, celle que le premier né avait porté il y a neuf déjà; puis les parrain et marraine avancent jusqu'au narthex où s'arrête le curé pour commencer la célébration, tandis que j'entre discrètement par une petite porte, me glissant dans l'église puis m'asseyant sur un banc dans une chapelle.
Les enfants restent en retrait au fond de l'église. Eux aussi portent un habit de fête: Julienne a revêtu une robe foncée sous un tablier brodé portant une coiffe plate faite de dentelles, imitant le costumes des femmes; Guillaume et Mathurin, comme de petits hommes, sont habillés de bragues aux plis amples et nombreux, sur une chemise de toile de chanvre aux manchettes de dentelle, recouverte d'un blanc gilet de flanelle aux élégantes broderies. Là, il faut les tenir bien sages, suivant de loin la cérémonie. Le plus jeune, Yves, s'endort dans les bras de Louise Bahon.
Les parrain et marraine présentent le nouveau-né au prêtre qui souffle trois fois sur le visage de l’enfant, geste qui signifie qu'il veut éloigner les esprits impurs de cet enfant. Puis, il trace un signe de croix sur son front en récitant quelques prières. Ensuite, il met sur les lèvres de l’enfant un peu de sel béni en signe de purification en répétant le prénom que lui ont choisi son père et sa marraine, «Pierre». Puis c'est le moment du baptême du bébé. Le curé s'approche alors des fonds baptismaux suivi du parrain, Mathurin, qui tient dans sa main un cierge symbole de lumière et de foi, et de Perrine, la marraine, qui porte le nouveau-né dans ses bras alors que le père tendu, portant un linge blanc plié sur un bras, apporte au prêtre un vase rempli de l'eau baptismale que ce dernier se prépare à verser par trois fois sur la tête de l’enfant.
Silencieuse, assise sur mon banc dans la petite chapelle, je comprends qu'arrive la fin de la célébration du baptême. Le curé entonne un «Te Deum» pendant que le sonneur se rend sous le porche s'apprêtant à faire sonner les cloches qui annonceront à tous la fin de la cérémonie. Le carillon continue tandis que le père, le parrain et la marraine se rendent à la sacristie où le prêtre rédige l'acte de baptême du petit Pierre sur le registre où lui seul signe:
 
 
C'est le moment où le curé doit recevoir de Julien sa rétribution pour le service religieux. Ce n'est qu'une fois sorti de l'église, que celui-ci retrouve son comportement habituel, en saluant ses amis qui s'apprêtent à fêter avec lui l'arrivée de son fils. Julien qui avait bien remarqué ma présence dans la chapelle m'invite à se joindre à eux, comme a l'habitude de le faire un bon fidèle satisfait des prières de quelque miséreux ayant imploré le salut de son enfant. C'est là que je tente de me mêler à la conversation, une familiarité qui serait, paraît-il un des privilèges de la mendicité! Je lui pose quelques questions sur le décès de ses beaux-parents pour lesquels je n'ai trouvé aucune date? S'il rencontrait encore des membres de sa propre famille qui demeuraient encore entre Lizio et Saint Servant? Et surtout comment était-il devenu tailleur d'habits? Mais je ne peux guère espérer que de vagues réponses de sa part. Il me laisse alors rejoindre les autres femmes présentes à la fête.
En entrant au cabaret dont les murs sombres laissent voir les pierres à nu et les poutres noires de fumées, nous voyons déjà assis sur les bancs de chaque côté d'une longue table étroite recouverte d'une nappe de toile de chanvre, à un bout, les femmes dont la marraine et à l'autre, les hommes, Julien et le parrain, voisins et amis, des convives qui ne sont pas encore exubérants! Mais bientôt quelques verres vont circuler entre eux qui serviront pour toute la tablée; des cuillères sont distribuées, et en guise de fourchettes seulement les doigts feront l'affaire; chacun a apporté son couteau qu'il a toujours en poche. Tous commencent à se régaler des nourritures de fête, des omelettes, des fouaces, des plats de poisson, du pain blanc à demi-cuit. Au milieu du repas, la sage-femme sera la première à laisser la compagnie, car le bébé s'agite et a besoin d'être nourri tout en se chargeant des autres enfants de la famille Hangouët. Jusqu'à la fin du jour, chacun des invités aura vu couler à flot le vin et le cidre à tel point qu'on verra se transformer les visages habituellement graves et sévères en visages riants. Ce repas en l'honneur de son fils dont les frais reviendront au père aura été à la mesure de son orgueil paternel. Pour clore cette journée, la danse viendra enchanter tous les personnes présentes! Chacun pourra ensuite rentrer chez lui, l'esprit un peu échauffé sans doute par les verres partagés, mais heureux et ravi d'avoir un ami tel que Julien. J'en profite pour partir en compagnie de Pierre Masson et sa femme qui sont prêts à me donner un refuge pour la nuit.
 
A l'heure tardive de son retour à Trébiguet, Julien retrouvera ses enfants et sa femme qui seront depuis longtemps endormis sauf peut-être le petit Pierre* recommençant à s'agiter et réclamant le sein de sa mère. Mais la sage-femme qui restera ici pour seconder Marie, encore plusieurs jours, veillera cette nuit sur le nouveau-né. Dans quelques jours, bravant les fatigues, Marie, accompagnée de son accoucheuse, se rendra à l'église faire célébrer ses relevailles. Aussitôt, elle reprendra les travaux domestiques et ceux des champs qui ne lui laisseront pas de répit tandis que Julien retrouvera dès le lendemain les charges de son métier de tailleur.
 
 

 

* Pierre (sosa 48) né le 22 mai 1753 à Bohal en Bretagne
décédé le 9 mai 1836 à La Ville Esbraie, commune de Sérent dans le Morbihan
Il fut laboureur, puis charpentier
marié avec Françoise BILLY ca 1767-1837
dont il eu cinq enfants :
- Perrine  1796-1804
- Mathurin 1798-1821
- Pierre 1803-1858 (sosa 24)
- Louis 1806
- Marie 1810

 

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Tag(s) : #Généalogie maternelle, #Ancêtres morbihannais, #RDVAncestral

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