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Dernier jour de février ... Il n'est pas encore trop tard de publier ce billet pour le généathème!

Depuis la fin du XIXè siècle, mes ancêtres ont connu de nombreuses inventions. Je vais vous conter ici une de celles qui nous est très utile à nous généalogistes.

 

  

Je pourrais parler ici des progrès techniques qui se sont multipliés tout au long de la vie de mes parents qui auraient eu 100 ans cette année : l'arrivée de l'électricité qui révolutionna leur vie, les voitures qui leur permirent de se déplacer plus facilement, l'installation du service d'eau qui fut, pour nous tous, dans les années soixante un événement très attendu, ce progrès qui fut suivi de très près par l'achat d'une machine à laver et qui reste un souvenir extraordinaire qui devait changer la vie de ma mère. Certes, les changements furent inégaux tant par le lieu où on habitait que le moment où elles y sont arrivées! Pour nous qui vivions dans une petite commune, il a fallu patienter. On peut aussi constater que certaines sont plus utiles que d'autres. Et pourtant, c'est une invention qui n'apparut pas indispensable à mes ancêtres dont j'ai choisi de parler, celle de l'histoire de la photographie à travers ma famille.
Si les progrès dans ce domaine avaient commencé dès le début du XIXe siècle, elle a éclos à la fin du siècle, toutefois réservée à un cercle de privilégiés et techniciens. Dès le début du XXe siècle,  cet outil se propage progressivement, dans les couches les plus aisées d'abord puis dans des familles moins fortunées où on voit apparaître des portraits et des photos de mariages.

Il y avait, alors, un décalage entre l'accession à ces inventions selon le niveau social dans lequel on se trouvait. C'est pourquoi dans les zones rurales où vivaient nos familles, les premières photos dont elles disposent, ne datent que du début du XXe et sont l'œuvre de photographes professionnels. Dans la cadre de son métier d'enseignant, mon grand-père maternel avait été photographié avec sa classe puis seul. Comme beaucoup de soldats ayant participé à la 1ère guerre mondiale, il avait été photographié encore, seul, puis avec deux de ses compagnons. Hélas, pour ma branche paternelle, rien concernant cette période. Pourtant, nous avons des traces de ces derniers, grâce aux cartes postales d'un photographe local, célèbre pour avoir diffuser des milliers de ces précieuses images, traces d'une époque. Ce photographe1, Georges Drouard (1867-1945) qui était pharmacien, s'est adonné à la passion de la photo et a décidé d'éditer de très nombreuses cartes postales de la région.

 

Au fond de la mine 1910 (collection personnelle)

 

Mon arrière-grand-père paternel a été photographié avec ses «parageots»2, au fond de la mine d'ardoises par ce monsieur, ce qui nous a permis de connaître le visage de notre ancêtre. A suivi plus tard, une carte d'un groupe d'ardoisiers, de la butte cette fois, où on reconnaît mon grand-père et deux de ses fils dont mon père, apprenti fendeur d'ardoises, seulement âgé de douze ans.
Des photos de famille faites chez un photographe professionnel n'étaient pas rares à cette période. Ce fut le cas pour les deux familles. Par la suite, ma famille paternelle se trouva démunie dans ce domaine à part un tout petit nombre de photos qui paraissent celles d'un amateur. On ne sait pas qui !
Du côté maternel, les photos foisonnent probablement par leurs relations avec les châtelains!
Il faut dire qu'à cette époque, la possession d'un appareil photo n'était pas très répandue, d'autant que les ressources des uns et des autres étaient modestes. Ces châtelains apportaient de temps en temps à mon grand-père, directeur d'une école confessionnelle, à ma grand-mère et leurs huit enfants, des provisions et autres offrandes charitables. Par contre, la famille de mon père composée aussi de huit enfants subsistait grâce au travail du père et des aînés, mais aussi de leur mère, couturière à domicile. Bref deux familles sans moyen de posséder un appareil photo. Sans doute, à l'époque ce n'était le privilège que de certains chanceux et d'amateurs éclairés comme notre pharmacien.
Dans les années quarante, où les appareils photo se popularisaient, certains des enfants ayant commencé à gagner leur vie, ou des gendres eurent la possibilité d'en acheter. On en retrouve la trace dans nos albums mais on ne sait pas toujours précisément qui en sont les auteurs!

Puis vinrent, les années cinquante, les années glorieuses de la photographie, ces photos nous remémorent notre enfance et ont fixé à jamais des souvenirs heureux.
A propos de souvenir, je ne résiste pas à raconter une anecdote de la fin de ces années. Nous savions que l''un des cousins, photographe amateur, qui nous rendaient fréquemment visite, laissait son appareil photo dans l'une des sacoches de sa mobylette. Mon frère et moi, âgés d'environ 7 et 8 ans, en petits curieux que nous étions, n'avions pas hésiter à sortir l'appareil de la sacoche de sa mobylette, avec l'intention, naturellement, de le remettre en place. J'imagine ce que tous pensent ce que nous avons fait? Eh bien non, non, nous n'avons pris aucune photo. Simplement, nous avons étudié avec curiosité chaque face de l'appareil, l'objectif, le déclencheur, sans bien savoir à quoi cela servait car notre expérience de la photographie n'était que celle des sujets de la photo ... mais cet instant de découverte magique, en toute innocence, fut interrompue par les cris de notre mère qui nous réprimandait sévèrement, en illustrant ses propos d'un proverbe (elle en était friande) qui nous impressionna si fort que nous étions certains d'être de mauvais garnements et que nous resterions mauvais puisque comme le dit le proverbe : "Qui vole un oeuf, vole un boeuf" . Vraiment, allions-nous devenir d'affreux voleurs?
Eh bien non!

Mon frère devint photographe professionnel et m'apprit quelques secrets de la photographie sans négliger de me conseiller dans l'achat de mon second appareil avec zoom, un Minolta qui succédait au premier, un instamatic Agfa que m'avaient offert mes parents en 1965. Notre mère en avait acquis un de qualité dont j'ai oublié la marque ; je m'en servais de temps en temps. Combien de diapositives ai-je prises jusqu'à la moitié des années 70 avec mon instamatic? Elles remplissent des boîtes à gâteaux depuis que je les ai scannées. Quant aux photos, certaines ont perdu de leurs couleurs qu'on peut heureusement retrouver grâce aux logiciel de retouches. Les techniques ont encore beaucoup changé et sont à la portée de tous désormais. Devenue adulte, lassée de mon instamatic dont les résultats appréciés quelques années plus tôt ne me satisfaisaient plus depuis que je voyais les superbes photos de mon frère, j'achetais un reflex Minolta.

 

Depuis l'argentique s'est presque effacé et je possède désormais un reflex numérique comme beaucoup d'amateurs. Mon frère disparu, très réticent aux techniques numériques aurait-il fini par succomber à ces nouveautés? Pas sûr. Moi-même, je le regrette parfois mon bon vieux Minolta!

Désormais, je regroupe bon nombre de photos dans des albums qui retracent la vie de mes grands-parents et de leurs enfants, que je partage avec toute la famille.

La photographie qui pouvait sembler une technique sans grand bénéfice à mes ancêtres en comparaison des autres qui ont vraiment changé leur vie, permet pourtant de reconstituer leur parcours, une vraie chance pour nous, généalogistes.

 

1   Voir fiche BNF  http://data.bnf.fr/12360330/georges_drouard/   -    Le livre "Le Pouancéen à travers l'objectif" semble introuvable

2   Un parageot (ou parageau) dans le langage des ardoisiers désigne un compagnon de travail à la carrière d'ardoises (mon père utilisait couramment ce mot)

 

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Tag(s) : #Généathème

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